ARMEE DES ALPES
15° C.A.
S.F.A.M.
(Secteur Fortifié des Alpes-Maritimes)
ETAT-MAJOR
3° Bureau
N°1970/3
11, 12 et 13 juin
Le 11 Juin à 0 heure, les hostilités étaient ouvertes entre la France et l'Italie. Par ordre du Général Commandant l'Armée des Alpes toutes les destructions préparées en avant de la P.R. (Position de Résistance) étaient aussitôt mises en oeuvre, à titre préventif, pour interdire à l'ennemi, dans toute la mesure du possible, une attaque avec appui massif d'engins blindés et pour gêner le mouvement en avant de son artillerie et de ses ravitaillements, au cas où il prendrait l'offensive. Seules ont été momentanément ajournées quelques destructions qui auraient gêné les propres communications des éléments avancés du S.F.A.M. Elles ont été peu à peu mises en oeuvre par la suite, au fur et à mesure du développement de la bataille
Les journées des 11, 12 et 13 juin furent sans histoire. Au contact, nos patrouilles d'Eclaireurs Skieurs signalaient que les Italiens se bornaient à aménager la crête frontière avec des réseaux et des armes automatiques partout où nous ne l'occupions pas en permanence. Nos quelques postes avancés à la crête frontière continuaient à vaquer à leurs occupations sans que les Italiens ouvrissent le feu sur eux. Nous ne cherchions pas d'ailleurs à revenir en force aux points d'observation habituels de nos patrouilles qui avaient été occupés dés le début par l'ennemi, mais nous mettions cette période de calme relatif à profit pour préparer encore de nouvelles destructions en avant de la P.R.
14 juin
Dans la matinée du 14, brusquement, au point du jour, l'ennemi tenta les premières actions de détails sur la frontière. D'une part il attaquait tous les points accessibles de la crête frontière du Tréitore (nord du Grammondo) à la mer (sud du Pont St Louis). D'autre part, une patrouille d'Eclaireurs Skieurs qui montait dans le brouillard au Capelet Supérieur (région nord de l'Aution) tombait dans une embuscade qui lui causait quelques pertes et la repoussait. De même la patrouille qui montait à l'observatoire d'Anan le trouvait fortement occupé, et accueillie à coups de feu, devait se replier. Mais dès le début de l'attaque notre supériorité s'affirmait sur deux points : - la résistance et la valeur de nos petits groupes d'Eclaireurs Skieurs qui infligeaient des pertes très sensibles aux Italiens avant de se replier devant des effectifs bien supérieurs en nombre. - La rapidité de déclenchement et la précision de nos tirs d'artillerie sur les crêtes et les débouchés de la frontière.
Dans la nuit du 14 au 15, les Italiens ont occupé d'une part : toute la crête Nord, du Scandail au Pas de la Tranchée, où nous n'avions aucun élément fixe, et d'autre part : l'observatoire du Campbel et les Granges d'Arrés.
15 juin
Le 15 juin dan la journée le secteur de la Pointe du Lugo voyait les Italiens se porter en avant dans la Région Cambel-Lugo, et également vers le Mont Ainé et les granges de Zuaine. Nos sections d'Eclaireurs Skieurs, selon les ordres donnés, se repliaient en combattant et s'accrochaient sur les pentes descendant vers la Roya dans la région de Pève et au-dessus de Breil et de la Giandola.
16 juin
Le 16, la pression Italienne s'accentuait. Elle se manifestait surtout en avant de Fontan, où deux de nos S.E.S. (à Scarassoui et à Pève) contenaient l'ennemi à l'Est de Breil, et au Cuore, où notre S.E.S, qui avait occupé un peu de territoire italien, pouvait maintenir ses positions.
17 juin
Le 17, ces petites actions se terminaient par un véritable succès de nos S.E.S. : - Celle de Scarassoui (105° B.C.A.) se dégageait sans perte en stoppant l'ennemi, fort d'un Bataillon ; - Celle de Pève (24° B.C.A.) réoccupait les Granges et capturait une quarantaine de prisonniers. - Celle des Granges de Zuaine et du Mont Ainé (85° B.A.F.) réoccupait ses positions qu'elle trouvait couvertes de cadavres ennemis. Notre artillerie d'ouvrage et de position venait de faire la preuve de l'efficacité de ses tirs sur les colonnes ou les rassemblements ennemis.
Le Gouvernement Français ayant fait connaître à Midi qu'il avait demandé au führer allemand à quelles conditions on pourrait cesser le combat, de curieuses tentatives de fraternisation (?) étaient esquissées par les Italiens vers la fin de l'après-midi au Pont St Louis; au Restaud et au Cuore. Ils nous annonçaient, sous le couvert de drapeaux blancs, que les hostilités étaient terminées, mais ne purent faire abandonner sa mission à aucun de nos éléments avancés.
18 et 19 juin
Les 18 et 19 Juin furent deux journées d'accalmie complète. Nos observatoires, par contre, signalaient des mouvements intenses sur les arrières ; surtout autour de Vintimille ; des relèves s'opéraient chez l'ennemi qu'on voyait recueillir et transporter des morts et des blessés fort nombreux.
20 juin
Le 20 Juin, les Italiens à la faveur d'un fort brouillard reprirent dès le matin leurs attaques : A l'Est de Breil, ils renouvelaient leurs tentatives précédentes pour arriver à la Roya en descendant du Mont Ainé vers Breil et les Granges de Vezaire, et de la Région de Pève vers Saorge. A l'Aution, l'artillerie préparait à Raus une attaque qui pouvait déboucher. Du Grammondo à la mer une grosse attaque était menée par la 5° D.I. italienne appuyée de chemises noires et soutenue par une forte action d'artillerie.
Certains de nos ouvrages ainsi que certaines positions de batteries (Monte-Grosso, Agaisen, Cap Martin, la Toracca, en particulier) étaient pris à partie par des pièces lourdes de 149, 210 et peut-être même de calibres supérieurs.
L'échec fut complet, notre artillerie de forteresse et de position ayant répondu à toutes les demandes d'appui de l'infanterie par des tirs rapides, remarquablement appliqués sur les objectifs signalés et qui avaient causé de très fortes pertes à l'ennemi.
Seul l'Ouvrage de Pont St-Louis avait pu être débordé mais il tenait toujours et sur les Corniches l'avance italienne avait pu être arrêtée sensiblement à la frontière. A Breil, l'ennemi avait pu arriver presque au bas des pentes et nos S.E.S. s'étaient retirées sur la rive droite de la Roya.
21 juin
La journée du 21 juin fut à nouveau employée par l'ennemi à ramasser blessés et tués, à regrouper les éléments engagés et à préparer l'entrée en ligne de nouvelles divisions entre Breil et la Mer. Notre artillerie eut là l'occasion de disperser encore de gros rassemblements. Pendant ce temps le Commandement Français se préoccupait de l'obligation où pourrait se trouver le XV° C.A. (Corps d'Armée) de mener la lutte sur deux fronts opposés, sur les Alpes contre les Italiens et sur la VAR contre les troupes motorisées allemandes.
22 juin
Le 22 juin, une attaque générale se déclenchait de bon matin contre le S.F.A.M, précédée d'une assez forte préparation d'artillerie sur toute la zone de Monte-Grosso à la Mer.
1°.- Deux divisions (37° D.I. « Modana » et 5° D.I. « Cosseria ») lançaient leurs fantassins et leurs chemises noires à l'assaut de notre position du Cuore à la Mer. Deux attaques convergentes, débouchant de part et d'autre du Mulacier prenaient comme objectif la région du Razet. Au Sud du Grammondo une forte attaque frontale visait les points forts de Castellar et de la Colle et les ouvrages d'avant postes qui les couvraient. Nos Sections d'Eclaireurs Skieurs supportèrent héroïquement le choc et arrêtèrent l'ennemi avec l'aide de nos petits ouvrages d'A.P. (Pierre Pointue - Scuvion - La Pena - Colette - Pilon - Pont St-Louis), des Sections défendent les points forts de Castellar et de la Colle, et de notre splendide artillerie divisionnaire de forteresse ou de position qui faisait un excellent travail malgré le brouillard qui gênait ses observateurs.
2°.- Une Division (3° D.I. « Ravena ») tentait de pousser par Fontan vers Breil. Elle engageait en première ligne dans la vallée de la Roya un Bataillon devant lequel reculait pas à pas une de nos S.E.S. qui le soir tenait encore toute la partie Sud de Fontan.
3°.- A l'Aution aucune attaque d'infanterie ne débouchait à la suite des tirs effectués surtout sur Raus et la crête qui s'étend de l'Orthigea à Plan Caval, notre artillerie ayant vivement riposté.
L'après-midi, la bataille se poursuivait avec violence sur tout le front du Razet à la mer, avec des fluctuations continuelles dues surtout à l'action de l'artillerie sur les troupes attaquantes et à la résistance énergique de tous nos éléments d'avant postes.
A la fin de la journée, autant qu'on pouvait en juger, le bataillon italien chargé de l'attaque au Nord avait pu pénétrer entre les deux ouvrages de Scuvion et de Pierre Pointue qui étaient débordés et presque encerclés. Il avait coiffé le sommet du Razet et commençait à descendre vers le point fort de Plan Germain où là les tirs combinés de l'artillerie et des deux ouvrages les stoppaient. Enfin le bataillon refluait vers le col du Razet, laissant des cadavres et des blessés sur le terrain.
Une sortie à la grenade d'une partie de la garnison de Pierre Pointue avait permis à celle-ci de ramener une dizaine de prisonniers qui furent enfermés dans l'ouvrage.
A Fascia Funda, un groupe d'Eclaireurs s'étaient héroïquement défendu et 5 Alpins s'étaient fait tuer sur leur arme qu'ils avaient servi jusqu'au dernier moment. Au Sud, l'attaque avait pu dépasser l'ouvrage du Pilon, déborder la Colle par ses deux flancs Est et Ouest, et atteindre les réseaux qui protégeaient Castellar, obligeant à envisager le repli de ces deux derniers points forts, comme il était prévu au Plan de Défense. Une radio émise par les Italiens nous apprenait le soir que la 89° R.I. venait de recevoir l'ordre d'occuper dans la nuit Menton, quelles que soient les pertes qui pourraient en résulter, et cela à la demande expresse du Gouvernement du Duce.