
Juin 1940. La Wehrmacht a atteint les rives de l'Isère. L'armée des Alpes, amputée de deux divisions pour renforcer le Front nord et constituer le Corps expéditionnaire de Norvège, couvre un front de plus de 350 km et fait face à une armée italienne forte de 80 000 hommes, depuis la Suisse jusqu'à la mer.
Menton, d'après le général Olry, commandant de l'Armée des Alpes et le général Montague, commandant du XVe corps, se trouve déjà en première ligne.
Le 4 juin, la population mentonnaise est évacuée. Des avant-postes sont positionnés entre le fort du Cap-Martin et le pont Saint-Louis.
Le 10 juin, l'Italie déclare la guerre. Parmi les 6 fortins d'avant-postes, le plus avancé est celui du pont Saint-Louis.
Extraits du journal du sous-lieutenant Charles Gros, commandant de l'ouvrage, d'avant poste du pont saint Louis
20 juin 1940
Vers 8 heures du matin, un colonel du Génie italien et quelques hommes sont aperçus dans la baraque des gendarmes près du pont. L'alerte est donnée : "Tout le monde dedans". A 8 h 20, un coup de mortier retentit et 200 hommes en colonne débouchent, appuyés par le feu de deux mitrailleuses. Vite un coup de téléphone au Cap- Martin pour faire tirer le 75 du bloc de barrage. Le sergent Bourgoin utilise le FM et tire 15 chargeurs. Les Italiens refluent, abandonnant morts et blessés. A 9 h, un petit drapeau blanc se montre : ils reviennent chercher les leurs. L'ouvrage laisse faire les brancardiers. Cap-Martin tire par intermittence autour de l'ouvrage pendant la journée.
23 juin 1940
A 10h50, une attaque se précise par derrière, venant du boulevard de Garavan. Les Italiens arrivent par les WC. Par le périscope fait d'une glace placée au bout d'un bâton, le sous-lieutenant observe l'approche. L'ennemi lance des grenades puis monte à l'escalade par les WC, par le mur de soutènement et par la douane. Il est à 3 mètres de l'ouvrage. Nos FM tirent sans arrêt et nos grenades jaillissent. En 20 minutes tout est réglé : le combat prend fin. Désormais, les Italiens sont circonspects.
25 Juin 1940
Jour de l'armistice. A 6h, les Italiens essaient de lever la barrière du pont. Une rafale les dispersera. A 7h30, cinq cyclistes viennent par la route, côté France. Une nouvelle rafale les couche au sol. A 8hl5, un officier et un homme, sans casque, apparaissent au bas Aquarone. L'officier s'avance vers le pont. On n'entend plus aucun bombardement. Il y a donc quelque chose d'insolite. A 8h45, un immense drapeau blanc apparaît. 7 à 8 officiers et 250 hommes armés s'avancent. Le sous-lieutenant Gros décide de sortir seul et interpelle le chef, un colonel de Génie. Celui-ci annonce la signature de l'armistice. Le sous-lieutenant Gros, perplexe, l'invite à se retirer et menace d'ouvrir le feu.
Les Italiens finissent par céder. A ce moment-là, deux officiers français de liaison arrivent. L'ouvrage du pont Saint-Louis est resté inviolé. Et deux jours durant, sa garnison montera la garde, interdisant tout transit aux Italiens déjà installés dans Menton. Avant de se retirer, l'équipage emportera ses armes et fermera la porte de l'ouvrage au nez des adversaires en emportant la clé.